Liberté et rationalité chez Quesnay

Résumé

La pensée de Quesnay est paradoxale, d’un côté elle prône la liberté du commerce, de l’autre elle développe une doctrine politique fondée sur le despotisme. Y aurait‑il une discontinuité de la pensée physiocratique où l’économie serait le seul espace de liberté ? Pour Quesnay, la liberté n’est pas l’absence de contraintes, elle est l’occasion d’un calcul et l’expression de la rationalité. On analyse l’origine de ce concept à travers Malebranche, Spinoza, Leibniz et Locke. Le rapport de la liberté à la théorie du droit naturel est analysé pour comprendre la cohérence de la pensée physiocratique. On saisit alors mieux la relation entre liberté et ordre.

Plan

  • Introduction
  • I – Les origines du concept de liberté chez Quesnay
    • 1 – La critique du libre arbitre
    • 2 – La liberté, l’ordre et la rationalité instrumentale
  • II – Quesnay et la liberté : la rationalité des comportements
    • 1 – Volonté et liberté chez Quesnay
    • 2 – La liberté animale et la liberté humaine : de la rationalité instrumentale à la morale
  • III – La liberté et le droit naturel
    • 1 – Droit naturel, liberté et propriété
    • 2 – Du droit naturel au despotisme légal
  • Conclusion

Article

[L’article peut être lu en intégralité sur Cairn]

Bibliographie

  • Alquié F. 1974, Le cartésianisme de Malebranche, Paris, Vrin.
  • Condillac E.B. de 1947a, Essai sur l’origine des connaissances humaines, in Œuvres philosophiques de Condillac, G. Leroy (ed.), Paris, PUF (publ. orig. 1746).
  • – 1947b, Traité des sensations, in Œuvres philosophiques de Condillac, G. Leroy (ed.), Paris, PUF (publ. orig. 1754).
  • – 1947c, Traité des animaux, in Œuvres philosophiques de Condillac, G. Leroy (ed.), Paris, PUF (publ. orig. 1755).
  • Deprun J. 1987, « L’éthique de l’ami des hommes », in De Descartes au romantisme, Paris, Vrin, p. 105-114 (publ. orig. 1968).
  • Descartes R. 1953, Principes de la philosophie, in Œuvres de Descartes, Paris, Gallimard (publ. orig. 1647).
  • Dumont L. 1985, Homo aequalis I : genèse et épanouissement de l’idéologie économique, Paris, Gallimard (publ. orig. 1977).
  • Dupont de Nemours P.-S. 1966, « Lettre du 22 avril 1815 », in Œuvres diverses de J.-B. Say, Daire (ed.), Osnabrück, Otto Zeller (publ. orig. 1848).
  • Elster J. 1975, Leibniz et la formation de l’esprit du capitalisme, Paris, Aubier Montaigne.
  • Grotius H. 1999, Le droit de la guerre et de la paix, trad. fr. Pradier-Fodéré, Paris, PUF (publ. orig. 1625).
  • Hirschman A.O. 1997, Les passions et les intérêts : justifications politiques du capitalisme avant son apogée, trad. fr. P. Andler, Paris, PUF (publ. orig. 1977).
  • Hobbes T. 1999, Léviathan, Traité de la matière, de la forme et du pouvoir de la république ecclésiastique et civile, trad. fr. Fr. Tricaud, Paris, Dalloz (publ. orig. 1651).
  • Jaucourt L. (chevalier de) 1765, « Liberté », in Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers, par une société de gens de lettres, tome neuvième, Ju-Mam.
  • Kubota A. 1958, « Quesnay, disciple de Malebranche », in François Quesnay et la Physiocratie, tome 1, Paris, INED.
  • La Mettrie J.O. 1987, Traité de l’âme, in Œuvres philosophiques, tome 1, Paris, Fayard (publ. orig. 1751).
  • Larrère C. 1994, « Malebranche revisité : l’économie naturelle des physiocrates », Dix-huitième siècle, n°26, p. 117-138.
  • En ligneLaval-Reviglio M.-C. 1987, « Les conceptions politiques des physiocrates », Revue française de science politique, n°2, p. 181-213.
  • Leibniz G.W. 1993, Discours de métaphysique, G. Le Roy (ed.), Paris, Vrin, (publ. orig. 1880).
  • – 1962, Essais de théodicée, Sur la bonté de Dieu, la liberté de l’homme et l’origine du mal, J. Jalabert (ed.), Paris, Aubier Montaigne (publ. orig. 1710).
  • Locke J. 1998, Essai philosophique concernant l’entendement humain, trad. fr. Coste, Paris, Vrin (publ. orig. 1755).
  • Malebranche N. 1992, Traité de Morale, in Œuvres II, G. Rodis-Lewis (ed.), Paris, Gallimard (publ. orig. 1707).
  • – 1979, Recherche de la vérité, in Œuvres I, G. Rodis-Lewis et G. Malbreil (eds.), Paris, Gallimard (publ. orig. 1712).
  • Martin-Haag E. 2002, Voltaire : du cartésianisme aux Lumières, Paris, Vrin.
  • Mercier de la Rivière P.-P. 1767, L’ordre naturel et essentiel des sociétés politiques, 2 volumes.
  • Miguelez R. 2001, Les règles de l’interaction : essais en philosophie sociologique, Québec, Presses de l’Université de Laval.
  • Mirabeau V.R. (marquis de) 1763, La Philosophie rurale ou économie générale et politique de l’agriculture, réduite à l’ordre immuable des loix physiques et morales, qui assurent la prospérité des Empires, Amsterdam-Paris.
  • Postigliola A. 1980, « De Malebranche à Rousseau : les apories de la volonté générale et la revanche du « raisonneur violent », in Annales de la société Jean-Jacques Rousseau, Genève, A. Julien éditeur, t. XXXIX, p. 123-138.
  • Pufendorf S. 1987, Le droit de la nature et des gens, 2 volumes, Bâle-Caen, Centre de philosophie politique de l’Université de Caen (publ. orig. 1732).
  • Quesnay F. 2005a, « Essai physique sur l’œconomie animale », Extraits du 3e tome, in Œuvres économiques et autres textes, tome premier, C. Théré, L. Charles, J.-C. Perrot (eds.), Paris, INED (publ. orig. 1767).
  • – 2005b, « Évidence », in Œuvres économiques et autres textes, tome premier, C. Théré, L. Charles, J.-C. Perrot (eds.), Paris, INED (publ. orig. 1767).
  • – 2005c, « Droit naturel », in Œuvres économiques et autres textes, tome premier, C. Théré, L. Charles, J.-C. Perrot (eds.), Paris, INED (publ. orig. 1767).
  • – 2005d, « Maximes générales du gouvernement économique », in Œuvres économiques et autres textes, tome premier, C. Théré, L. Charles, J.?C. Perrot (eds.), Paris, INED (publ. orig. 1767).
  • – 2005e, « Despotisme de la chine », in Quesnay Œuvres économiques et autres textes, tome second, C. Théré, L. Charles, J.-C. Perrot (eds.), Paris, INED (publ. orig. 1767).
  • Schøsler J. 1997, John Locke et les philosophes français : la critique des idées innées en France au dix-huitième siècle, Oxford, Voltaire foundation.
  • Spinoza B. 1954, L’éthique, in Œuvres complètes, R. Caillois, M. Francès et R. Misrahi (eds.), Paris, Gallimard (publ. orig. 1677).
  • Steiner P. 1998, La « science nouvelle » de l’Économie politique, Paris, PUF.
  • – 1994, “Demand, price and net product in the early writings of F. Quesnay”, The European Journal of the History of Economic Thought, vol. 1, n°2, p. 231-251.
  • Tocqueville A. de. 2004, L’Ancien Régime et la Révolution, in Œuvres III, Paris, Gallimard (publ. orig. 1856).
  • Vienne J.-M. 1991, Expérience et raison : les fondements de la morale selon Locke, Paris, Vrin.
  • Yolton J.W. 1991, Locke and French materialism, Oxford, Clarendon Press.

Mots-clés

Physiocratie, Quesnay, Liberté, Rationalité, Droit naturel

Les cyniques : une économie de la frugalité

Résumé

Les cyniques grecs rejettent les institutions économiques de leur temps au motif que les valeurs sur lesquelles elles reposent entravent la liberté et l’autosuffisance individuelles. Seule une vie de frugalité et de mendicité peut, selon eux, nous les procurer. Mais dans quelle mesure ces pratiques constituent-elles une véritable économie, avec la dimension sociale et coopérative que ce concept implique ?

Plan

  • Introduction : les cyniques sans économie ?
  • Anthropologie cynique des besoins : de l’excès à la frugalité
    1. La poluteleia
    2. La voie courte de l’euteleia
  • La vie simple et frugale des cyniques comme économie
    • Richesse et pauvreté
    • La vie économique domestique
    • Le travail et ses limites
    • La monnaie falsifiée et la mendicité
  • Conclusion

Article

[L’article peut être lu en intégralité sur Cairn]

Références

  • Billerbeck Margarethe. 1996. « The Ideal Cynic from Epictetus to Julian ». Dans Robert Bracht Branham et Marie-Odile Goulet-Cazé (éd.), The Cynics. The Cynic Movement in Antiquity and its Legacy, p. 205-222. Berkeley : The University of California Press.
  • Bracht Branham Robert. 1996. « Defacing the Currency : Diogenes’ Rhetoric and the Invention of Cynicism ». Dans Robert Bracht Branham et Marie-Odile Goulet-Cazé (éd.), The Cynics. The Cynic Movement in Antiquity and its Legacy, p. 80-104. Berkeley : The University of California Press.
  • Cohen Edward E. 1992. Athenian Economy and Society : A Banking Perspective. Princeton : Princeton University Press.
  • Coin-Longeray Sandrine. 2001. « Penia et Penès : travailler pour vivre ? ». Revue de philologie, de littérature et d’histoire anciennes, n°75, 2001/2, p. 249-256.
  • Dawson Doyne. 1992. Cities of the Gods. Communist Utopias in Greek Thought. New York : Oxford University Press.
  • Dudley Donald R. 1967. History of Cynicism from Diogenes to the 6th century A.D. London and Hildesheim : Methuen and Olms.
  • En ligneEmeljanow Victor. 1965. « A Note on the Cynic Short Cut to Happiness ». Mnemosyne n°18, p. 182-184.
  • Festugiere André-Jean. 1978. Télès et Musonius. Diatribes. Paris : Vrin.
  • Finley Moses I. 1974. The Ancient Economy. Berkeley : University of California Press.
  • Giannantoni Gabriele. 1990. Socratis et Socraticorum Reliquiae, collegit, disposuit, apparatibus notisque instruxit G. G., 4 vol. Napoli : Bibliopolis.
  • Goulet-Caze Marie-Odile. 2001. L’ascèse cynique. Un commentaire de Diogène Laërce VI, 70-71. Paris : Vrin.
  • Gugliermina Isabelle. 2006. Diogène Laërce et le Cynisme. Villeneuve d’Ascq : Presses Universitaires du Septentrion.
  • Husson Suzanne. 2011. La République de Diogène. Une Cité en quête de la nature. Paris : Vrin.
  • Helmer Étienne. 2013. Épicure ou l’économie du bonheur. Neuvy-en-Champagne : Le passager clandestin.
  • Kindstrand Jan Frederik. 1976. Bion of Borysthenes. A Collection of the Fragments with Introduction and Commentary. Uppsala : Almqvist & Wiskell International.
  • Laërce Diogène. 1999. Vies et doctrines des philosophes illustres. Trad. Marie-Odile Goulet-Cazé (dir.). Paris : Le Livre de Poche.
  • Liddell H.G. and R. Scott. 1996. A Greek-English Lexicon, Ninth Edition with a Revised Supplement by H.S. Jones. Oxford : Clarendon Press. http://www.perseus.tufts.edu/hopper/morph?l=polutele%2Fia&la=greek#lexicon (consulté le 12/05/2014).
  • Malherbe Abraham J. (ed.). 1977. The Cynic Epistles. A Study Edition. Missoula, (Mont.) : coll. « Society of Biblical Literature » n°12.
  • Moles John L. 1996. « Cynic Cosmopolitanism ». Dans Robert Bracht Branham and Marie-Odile Goulet-Cazé (éd.), The Cynics. The Cynic Movement in Antiquity and its Legacy, p. 105-120. Berkeley : The University of California Press.
  • Natali Carlo. 1995. « Oikonomia in Hellenistic political thought ». Dans André Laks and Malcolm Schofield (éd.), Justice and Generosity : Studies in Hellenistic Social and Political Philosophy, p. 95-128. Cambridge : Cambridge University Press.
  • Paquet Léonce. 1992. Les Cyniques Grecs. Fragments et témoignages. Paris : Librairie Générale Française.
  • Platon. 1993. La République. Trad. Pierre Pachet. Paris : Gallimard.
  • Rankin David. 1983. Sophists, Socratics and Cynics. London-Camberra : Croom-Helm.
  • En ligneRich Audrey N.M. 1956. « The cynic conception of autarkeia ». Mnemosyne, n°9, p. 23-29.
  • Rombi Georges et Didier Deleule. 1998. Les Cyniques grecs. Lettres de Diogène et Cratès. Paris : Actes Sud.
  • Shmueli Efraïm. 1970. « Modern Hippies and Ancient Cynics. A comparison of philosophical and political developments and its lessons ». Cahiers d’histoire mondiale, n°12, p. 490-514.
  • Xenophon. 2008. Économique. Trad. Pierre Chantraine. Paris : Les Belles Lettres.

Classification JEL : B11, Z13

Mots-clés

Autosuffisance, Cyniques, Economie, Frugalité, Liberté

A Theory of Real Freedom: Toward a Growth-Oriented Liberalism

Résumé

Quelle est la nature de la liberté réelle (réelle) dans notre société ? Je présenterai ici une nouvelle théorie du libéralisme que j’appelle « libéralisme orienté vers la croissance ». D’abord, j’examine le concept de liberté positive et négative d’Isaiah Berlin et je pose la question fondamentale en matière de liberté, à savoir que la liberté est un idéal paradoxal. J’identifierai deux paradoxes : l’un porte sur la liberté ordinaire et les valeurs sophistiquées, l’autre sur la question de la libération et de l’apathie des individus ou des populations. Comment pouvons-nous surmonter ces paradoxes ? Pour répondre à cette question, j’examinerai l’argument de Charles Taylor sur la liberté positive (liberté) et en élargirai les implications. Le paradoxe est d’autant plus lorsqu’il s’agit de communautés, comme la société japonaise. Au-delà du mode de pensée communautaire de Taylor, par exemple, je construis une nouvelle théorie de la liberté en proposant de suivre trois principes : le principe de la vertu (estime de soi), le principe du changement générateur et le principe de la différenciation. Je soutiens que la pierre de touche d’une société libre dépend de la façon dont nous concevons notre gouvernance sociale sur la base de ces principes.

[A télécharger sur Cairn]

JEL Codes: Z10, B25.

Une nouvelle approche de l’idéologie en économie

Résumé

Cette contribution a pour objet de faire état d’une conception nouvelle de l’idéologie qui se démarque de l’approche sociologique, notamment celle de Marx. Cette dernière, comme on le sait, est soumise à certaines limites dont la principale est d’ordre logique, connue sous le nom de « paradoxe de Mannheim ». A cette approche, il lui est opposé une autre conception relevant d’une spécification cognitive de la connaissance, consistant à distinguer des principaux cadres de la pensée savante : les cadres scientifique, philosophique et idéologique. Ces stratégies cognitives de connaissance  sont dénommées formes de pensée pures. Deux traits principaux caractérisent la forme de pensée idéologique : le premier octroie le rôle premier à la croyance vraie sur sa justification ; le second est l’explicitation du présupposé ontologique, articulant l’homme et la société. Cette nouvelle approche de l’idéologie permet non seulement de se défaire du paradoxe de Mannheim, mais aussi d’avoir une réelle portée opératoire qui peut être saisie  travers de nombreux champs d’applications.

Mots-clés

Paradoxe de Mannheim, formes de pensée pures, présupposé ontologique, Hayek, allocation personnelle, liberté, chômage.

Classification JEL : A 11, A 12, A 13.

Le partage des raisons

Véronique MUNOZ-DARDE

Résumé

Pour une théorie de la justice comme équité, l’accusation la plus dommageable est celle selon laquelle les prémisses normatives de la théorie seraient d’emblée inéquitables. Or c’est précisément un doute de ce type qui fut formulé dès la publication de la Théorie de la justice, et qui conduisit en particulier Thomas Nagel à demander si la liste des biens premiers distribués par les principes de la justice rawlsiens aurait été élaborée à partir de prémisses biaisées et inéquitables. C’est cette critique qui nous occupe, avec une attention particulière à la réponse apportée par Rawls dans ses derniers écrits et dans sa définition d’un libéralisme dit « politique ». Alors que la plupart des critiques ont considéré que Rawls opérait un retrait, limant de sa théorie beaucoup de ce qui la rendait ambitieuse et égalitaire, au profit d’une plus grande attention au pluralisme des valeurs, il faut au contraire voir dans cette évolution la volonté d’approfondir l’intention libérale initiale de la théorie rawlsienne de respecter les individus et les différences individuelles. Le libéralisme politique part des raisons que nous partageons, quelle que soient nos valeurs et notre conception de la vie bonne, pour construire un cadre de justice dans lequel nous puissions tous nous épanouir. Il vise donc à réconcilier l’attrait de l’égalitarisme avec le respect dû à chaque personne en étendant la sollicitude à l’égard de chaque personne à l’exigence de justification égale des principes de justice aux individus.

Mots-clés

biens premiers, liberté, libéralisme

Classification JEL : B31.

Quelques souvenirs de John Rawls

Serge-Christophe Kolm

Résumé

Ces lignes relatent, en résumé, la partie scientifique de près de quarante années de discussions avec John Rawls. Leur intérêt, si elles en ont un, peut provenir de trois contributions. D’une part, cette relation montre la genèse des concepts et de la pensée de John Rawls. D’autre part, elle implique une critique de ces concepts, en montrant la façon dont John Rawls faisait face à celle-ci. Enfin, cette description fait ressortir un aspect essentiel de l’histoire de la philosophie politique, la singularité de la pensée anglo-saxonne en ce domaine, face au reste du monde et notamment à la pensée développée en France. Rawls est d’abord le philosophe qui aura remis la philosophie politique anglo-saxonne sur le chemin de la normalité fondée sur la liberté et l’égalité après deux siècles de dogmatisme benthamien.

Mots-clés

justice, égalité, liberté, utilitarisme

Classification JEL : B31, D63

L’hétérogénéïté des mécanismes spontanés et ses implications pour la lecture de Hayek

Résumé

Selon Friedrich Hayek, la conformité à la règle de droit (the rule of law) se porterait garante de l’existence d’une société libre, c’est-à-dire d’une société gouvernée par la loi et non par les hommes. Le but de cet article est premièrement de clarifier l’interprétation de la règle de droit susceptible d’accréditer cette thèse de Hayek et, deuxièmement, d’examiner dans quelle mesure cette interprétation peut rendre compte des critères — spécialement des critères de nature économique — auxquels Hayek fait lui-même appel lorsqu’il s’agit de juger de l’acceptabilité des lois. Nous concluons que l’usage de certains de ces critères ne relève pas d’une conception systématique du droit et que, loin de confirmer le rôle déterminant de la règle de droit, il cautionne plutôt l’arbitraire de ceux qui font les lois.

Mots-clés

règle de droit, droit procédural, maxime kantienne, liberté, autonomie, impartialité.

La loi de la liberté

Résumé

Selon Friedrich Hayek, la conformité à la règle de droit (the rule of law) se porterait garante de l’existence d’une société libre, c’est-à-dire d’une société gouvernée par la loi et non par les hommes. Le but de cet article est premièrement de clarifier l’interprétation de la règle de droit susceptible d’accréditer cette thèse de Hayek et, deuxièmement, d’examiner dans quelle mesure cette interprétation peut rendre compte des critères — spécialement des critères de nature économique — auxquels Hayek fait lui-même appel lorsqu’il s’agit de juger de l’acceptabilité des lois. Nous concluons que l’usage de certains de ces critères ne relève pas d’une conception systématique du droit et que, loin de confirmer le rôle déterminant de la règle de droit, il cautionne plutôt l’arbitraire de ceux qui font les lois.

Mots-clés

règle de droit, droit procédural, maxime kantienne, liberté, autonomie, impartialité.