Liberté et rationalité chez Quesnay

La pensée de Quesnay est paradoxale, d’un côté elle prône la liberté du commerce, de l’autre elle développe une doctrine politique fondée sur le despotisme. Y aurait‑il une discontinuité de la pensée physiocratique où l’économie serait le seul espace de liberté ? Pour Quesnay, la liberté n’est pas l’absence de contraintes, elle est l’occasion d’un calcul et l’expression de la rationalité. On analyse l’origine de ce concept à travers Malebranche, Spinoza, Leibniz et Locke. Le rapport de la liberté à la théorie du droit naturel est analysé pour comprendre la cohérence de la pensée physiocratique. On saisit alors mieux la relation entre liberté et ordre.

Les cyniques : une économie de la frugalité

Les cyniques grecs rejettent les institutions économiques de leur temps au motif que les valeurs sur lesquelles elles reposent entravent la liberté et l’autosuffisance individuelles. Seule une vie de frugalité et de mendicité peut, selon eux, nous les procurer. Mais dans quelle mesure ces pratiques constituent-elles une véritable économie, avec la dimension sociale et coopérative que ce concept implique ?

A Theory of Real Freedom: Toward a Growth-Oriented Liberalism

Quelle est la nature de la liberté réelle (réelle) dans notre société ? Je présenterai ici une nouvelle théorie du libéralisme que j’appelle « libéralisme orienté vers la croissance ». D’abord, j’examine le concept de liberté positive et négative d’Isaiah Berlin et je pose la question fondamentale en matière de liberté, à savoir que la liberté est un idéal paradoxal. J’identifierai deux paradoxes : l’un porte sur la liberté ordinaire et les valeurs sophistiquées, l’autre sur la question de la libération et de l’apathie des individus ou des populations. Comment pouvons-nous surmonter ces paradoxes ? Pour répondre à cette question, j’examinerai l’argument de Charles Taylor sur la liberté positive (liberté) et en élargirai les implications. Le paradoxe est d’autant plus lorsqu’il s’agit de communautés, comme la société japonaise. Au-delà du mode de pensée communautaire de Taylor, par exemple, je construis une nouvelle théorie de la liberté en proposant de suivre trois principes : le principe de la vertu (estime de soi), le principe du changement générateur et le principe de la différenciation. Je soutiens que la pierre de touche d’une société libre dépend de la façon dont nous concevons notre gouvernance sociale sur la base de ces principes.

Une nouvelle approche de l’idéologie en économie

Cette contribution a pour objet de faire état d’une conception nouvelle de l’idéologie qui se démarque de l’approche sociologique, notamment celle de Marx. Cette dernière, comme on le sait, est soumise à certaines limites dont la principale est d’ordre logique, connue sous le nom de « paradoxe de Mannheim ». A cette approche, il lui est opposé une autre conception relevant d’une spécification cognitive de la connaissance, consistant à distinguer des principaux cadres de la pensée savante : les cadres scientifique, philosophique et idéologique. Ces stratégies cognitives de connaissance sont dénommées formes de pensée pures. Deux traits principaux caractérisent la forme de pensée idéologique : le premier octroie le rôle premier à la croyance vraie sur sa justification ; le second est l’explicitation du présupposé ontologique, articulant l’homme et la société. Cette nouvelle approche de l’idéologie permet non seulement de se défaire du paradoxe de Mannheim, mais aussi d’avoir une réelle portée opératoire qui peut être saisie travers de nombreux champs d’applications.

Le partage des raisons

Pour une théorie de la justice comme équité, l’accusation la plus dommageable est celle selon laquelle les prémisses normatives de la théorie seraient d’emblée inéquitables. Or c’est précisément un doute de ce type qui fut formulé dès la publication de la Théorie de la justice, et qui conduisit en particulier Thomas Nagel à demander si la liste des biens premiers distribués par les principes de la justice rawlsiens aurait été élaborée à partir de prémisses biaisées et inéquitables. C’est cette critique qui nous occupe, avec une attention particulière à la réponse apportée par Rawls dans ses derniers écrits et dans sa définition d’un libéralisme dit « politique ». Alors que la plupart des critiques ont considéré que Rawls opérait un retrait, limant de sa théorie beaucoup de ce qui la rendait ambitieuse et égalitaire, au profit d’une plus grande attention au pluralisme des valeurs, il faut au contraire voir dans cette évolution la volonté d’approfondir l’intention libérale initiale de la théorie rawlsienne de respecter les individus et les différences individuelles. Le libéralisme politique part des raisons que nous partageons, quelle que soient nos valeurs et notre conception de la vie bonne, pour construire un cadre de justice dans lequel nous puissions tous nous épanouir. Il vise donc à réconcilier l’attrait de l’égalitarisme avec le respect dû à chaque personne en étendant la sollicitude à l’égard de chaque personne à l’exigence de justification égale des principes de justice aux individus.