L’entrepreneur dans le libertarisme de gauche, une discussion critique

L’objectif de ce papier est double : d’une part défendre l’idée que la théorie de la justice proposée par le libertarisme de gauche fait de la figure de l’entrepreneur une éminence grise, centrale, bien que très rarement mentionnée et, d’autre part, discuter les critiques qui ont été adressées à cette théorie de la justice.

The foundations of the theory of entrepreneurship in austrian economics – Menger and Böhm-Bawerk on the entrepreneur

Les pères de l’école connue sous le nom d’ « École autrichienne d’économie », Carl Menger (1840-1921) et son premier disciple Eugen von Böhm-Bawerk (1851-1914), ont analysé les pratiques d’affaires et la nature des activités de l’entrepreneur au-delà de ce qui se faisait en leur temps au sein de l’école historique allemande. Ont-ils pour autant déjà donné une « théorie de l’entrepreneur » en tant que telle, et le pouvaient-ils ? Toujours est-il qu’émergent dans leurs œuvres les éléments d’analyse d’un intérêt neuf pour des aspects de l’entreprise et la nature du système de production capitaliste dont l’impact allait se faire sentir de la société de leurs contemporains et chez leurs héritiers (comme Israel Kirzner) jusqu’à nos jours.

Le cycle de la conjoncture chez Schumpeter : éternel retour du même ?

Cet article s’inscrit dans la lignée de précédents travaux visant à rapprocher l’entrepreneur schumpétérien et le surhumain nietzschéen. Les deux partagent une créativité pouvant s’interpréter comme l’extériorisation d’un surcroît de force qui, dans l’optique nietzschéenne, s’assimile à la source extra-morale de l’accroissement de la vie. Reste à savoir si le cadre dans lequel ils évoluent est le même. Au-delà d’une approche historique du cycle de la conjoncture, notre hypothèse est que l’approche philosophique d’un cycle du devenir s’avère être féconde pour une interprétation enrichie du cycle de la conjoncture, complétant et prolongeant ainsi notre interprétation du surhumain et de l’entrepreneur.

Entre l’homme obligé et l’homme capable : la responsabilité de l’entrepreneur social. Eléments de réflexion philosophique

L’entreprenariat social nous engage dans deux formes de responsabilité, l’une obligataire, qui ressortit au registre juridique et moral, l’autre mondaine ou cosmologique, qui ressortit au registre de l’action et de la création. La pratique entrepreneuriale en tant que telle honore prioritairement la responsabilité cosmologique, tandis que la dimension sociale de cette pratique réfère, quant à elle, au caractère obligataire. Dans cet article, nous proposons de revenir sur la généalogie de ces deux acceptions fondamentales de la responsabilité, qui ont trouvé dans le kantisme à la fois leur lieu de formulation philosophique et leur point de bifurcation, mais aussi de dégager la portée et les limites de leur dialectisation dans l’activité sociale-entrepreneuriale aujourd’hui. Nous montrons que la première convoque en son sein plusieurs traditions de philosophie morale impliquant différentes extensions du concept, ce qui oblige à nous interroger sur sa propre opérabilité. La seconde, que nous aurons à cœur d’illustrer en rapportant certains discours d’entrepreneurs, a été davantage honorée à l’époque contemporaine par les approches phénoménologiques et de philosophie de l’action de tendance analytique. Nous terminons en envisageant la possibilité pour l’entrepreneur social de s’extraire de cet atermoiement entre deux formes de responsabilité dans le contexte actuel, naguère anticipé par Hans Jonas et dont témoignent aujourd’hui le succès des thèmes de l’écologie politique et du développement durable, opérant ainsi un renversement du rapport de l’action humaine à la peur de l’avenir – peur à laquelle s’est substituée au fil du temps la projection raisonnée d’un futur malheureux, toutes choses égales ailleurs.