Sélection naturelle ou volonté de puissance : comment interpréter le processus de destruction créatrice ?

André Lapied et Sophie Swaton

Résumé

La délicate mise en rapport de la philosophie nietzschéenne et de l’économie est d’une pratique récente. Dans ce contexte, cet article est motivé par l’introduction du traitement nietzschéen de la « destruction créatrice » en économie et la manière de justifier philosophiquement cette référence. Pour cela, nous mettons en concurrence les interprétations évolutionnistes et nietzschéennes de la destruction créatrice. Ces deux métaphores nous semblent difficilement conciliables et nous avançons des arguments en faveur de la volonté de puissance, contre la lutte pour la vie, pour mieux interpréter le mécanisme de destruction créatrice.

Plan

  • Introduction
  • 1 -Le processus de destruction créatrice
  • 2 -Les différentes réinterprétations de la lutte pour la vie
    • 2.1 -Darwin et la sélection naturelle
    • 2.2 -Lamarck et l’adaptation
  • 3 -La critique nietzschéenne des théories de l’évolutionnisme
  • 4 -Contre le nivellement des valeurs : la volonté de puissance
  • Conclusion

Article

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Bibliographie

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Mots-clés

Destruction créatrice, Concurrence, Théories évolutionnistes, Nietzsche (Friedrich), Volonté de puissance

Que veut Homo œconomicus ?

Résumé

R. Robb (2009a) a initié récemment un rapprochement de la volonté de puissance dans la philosophie de Nietzsche avec la science économique et plus spécialement avec la modélisation du comportement des agents. Il a ainsi voulu mettre en évidence l’incompatibilité de l’approche économique standard avec la volonté de puissance, d’une part, et présenter des exemples supposés montrer que, dans de nombreuses situations, la seconde possède un pouvoir explicatif supérieur à la première. Cette thèse a suscité une controverse portant sur ces deux points avec J. J. Heckman (2009). Cette polémique présente de nombreuses lacunes dues à une conception superficielle et parfois erronée de la philosophie nietzschéenne, supportée par l’utilisation d’une source bien connue pour être fautive.
Cet article vise à réévaluer la controverse, en se fondant sur le texte de Nietzsche restitué par Colli et Montinari. L’enjeu consiste à tirer une meilleure leçon de la philosophie nietzschéenne en matière de comportement des agents.

Article

[A venir]

Mots-clés

Nietzsche, Volonté de puissance, Comportement