Foucault, le pouvoir et l’entreprise : pour une théorie de la gouvernementalité managériale

À partir du début des années 1970, Michel Foucault travaille sur le pouvoir. Réprimer, réglementer, dominer : la discipline, sa première formalisation élaborée de cette notion, est un mécanisme essentiellement négatif. Foucault semble alors peiner à s’extraire de la conception binaire et dominatrice du pouvoir qu’il a héritée des théories de la souveraineté. Dès le milieu des années 70, il nuance et rééquilibre cette vision. Le pouvoir ne prend plus dès lors la figure du panoptique carcéral mais celle du gouvernement – au sens restreint d’activité de l’État et au sens large de technologie comportementale s’appliquant à des individus libres. Mais de nouveau, notre auteur se trouve encombré par cette rationalité régalienne dont il ne cesse de critiquer l’emprise sur les entendements contemporains du pouvoir. À trois exception près : la première, c’est le pastorat chrétien ; la seconde, c’est le gouvernement de soi tel qu’il est formulé par les Anciens ; la troisième, c’est la gouvernementalité managériale, que Foucault ne fait qu’esquisser très brièvement et très incomplètement et que nous nous emploierons à problématiser ici.

Neurosciences et politiques publiques : vers un nouvel interventionnisme économique ?

Les neurosciences sont utilisées en économie dans l’objectif d’améliorer la compréhension et la description des choix individuels. Elles permettent aussi d’évaluer la rationalité des décideurs et de réguler les comportements. Cet article analyse les implications normatives de la neuroéconomie, en dégageant les apports des neurosciences à l’économie du bien-être et à l’économie publique. L’interventionnisme économique défendu par les neuroéconomistes (par exemple, Bernheim et Rangel 2004) y est interprété comme une politique caractéristique du néo-libéralisme, au sens qu’en donne Michel Foucault (1978b). Si la neuroimagerie ne permet pas de « manipuler » directement le cerveau des décideurs, elle offre en revanche la possibilité de détecter le caractère pathologique ou irrationnel de certaines conduites. Ce diagnostic justifie une régulation comportementale du bien-être, qui doit être distinguée du paternalisme libertarien de Sunstein et Thaler (2003). Dans les deux cas, c’est l’environnement plutôt que le décideur lui-même qui est la cible de l’intervention, mais la justification théorique n’est pas la même. Pour les neuroéconomistes, l’irrationalité d’un comportement tel que l’addiction ne résulte pas d’un biais cognitif de l’individu, mais de son interaction avec un environnement pathologique. Les réflexions normatives des neuroéconomistes s’inscrivent dans le prolongement théorique des réflexions de Michel Foucault sur la biopolitique et le néolibéralisme (Foucault 2004b). Notre étude vaut ainsi comme une contribution à l’étude de la gouvernementalité. Elle nous conduit à défendre une interprétation non-réductionniste des rapports entre savoir et pouvoir chez Foucault.

La rivalité, le pouvoir et les discours de la paix et de la guerre. Quand les discours exhumés par Foucault interpellent l’économie politique

La question de la rivalité, de la concurrence, de la violence économique, voire de la guerre économique n’est pas nouvelle. Y sont confrontées depuis la naissance de l’économie politique les théories de l’organisation marchande. Le point de départ du texte est l’intuition selon laquelle l’analyse économique doit pouvoir développer des instruments d’analyse, proprement économiques, de la rivalité sociale pour justifier sa prétention heuristique. L’objet du texte est d’apprendre d’une des pensées contemporaines les plus fortes, celle de Foucault, comment la société vit et lit la rivalité. Nous montrons comment le renouvellement qu’elle opère de l’analyse du pouvoir éclaire la question de la rivalité sociale, et permet de dépasser les limites de l’approche classique de la question, celle de Marx. Nous déduisons de ces limites, à la lumière des enseignements foucaldiens, quelques pistes pour développer une approche économique de la rivalité.