Laurent Jaffro, Le miroir de la sympathie. Adam Smith et le sentimentalisme, Paris, Vrin, coll. « Problèmes de la raison », 2024, 290 p.
Début de la recension

Laurent Jaffro nous livre la première monographie française exclusivement consacrée à La théorie des sentiments moraux (ci-après abrégée TSM), laquelle est, comme il aime à le rappeler, à la fois le premier et le dernier livre d’Adam Smith, étant entendu que les Essays on Philosophical Subjects sont un ensemble de textes rassemblés par les amis de Smith après sa mort, et que les Lectures on Jurisprudence proviennent d’une transcription de notes de cours. La TSM paraît en 1759. L’essai de Hume Of the standard of taste est paru deux ans plus tôt. Leur affinité méthodologique et conceptuelle est un trait de contexte important, surtout dans l’interprétation proposée par Laurent Jaffro, comme nous le verrons. Puis la TSM fera l’objet de cinq rééditions, jusqu’à la dernière en 1790, préparée quelques mois après la Révolution française. Entretemps An Inquiry into the Nature and Causes of the Wealth of Nations est publié en 1776, avec d’importantes modifications en 1784, un grand œuvre que la réflexion déployée par Smith dans TSM encadre, accompagne et sous-tend.
Sur cette réflexion proprement anthropologique le lecteur francophone disposait d’éclairages précieux : la belle traduction conduite par Michael Bizou, Claude Gautier et Jean-François Pradeau parue en 1999 aux PUF, accompagnée d’un remarquable appareil critique a fait date ; depuis, de nombreux travaux ont enrichi la littérature secondaire, qu’il serait trop long de mentionner. Citons le numéro de la Revue philosophique de la France et de l’Étrange…