Fondements libéraux du revenu de base. Une argumentation combinant philosophie et économie

Claude Gamel

Les débats entre libéraux sur la justice sociale ont beaucoup alimenté la réflexion contemporaine sur le revenu de base (ou allocation universelle). Cette notion est présentée ici comme relevant de « l’économie de l’égalitarisme libéral », dont le point d’ancrage se situe dans l’œuvre philosophique de Rawls. Celui-ci n’est certes pas partisan de l’allocation universelle, mais sa pensée offre néanmoins un cadre général adéquat pour l’étudier, en particulier par la hiérarchie des principes de justice qu’il défend (1). Au troisième niveau de cette hiérarchie, l’interprétation à donner au « principe de différence » a suscité la controverse des « surfeurs de Malibu », par laquelle Van Parijs a pu défendre le caractère inconditionnel de l’allocation universelle (2). Reste alors à passer de la philosophie à l’économie du revenu de base, en montrant comment ce dernier peut être considéré comme une variante précise d’impôt négatif sur le revenu. A ce stade, une relecture de l’intuition de Friedman sur la question aboutit à considérer l’allocation universelle comme un « crédit d’impôt universel » (3). En conclusion, pour les démocraties libérales et dans le cas de la France, sont esquissées quelques observations prospectives sur une éventuelle application d’une telle conception du revenu de base (4).

Mots-clés

Libéralisme, Revenu de base, Inconditionnalité, Crédit d’impôt universel

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Sufficientarian-Libertarianism and Basic Income

Akio Fukuhara

Résumé

Le présent essai soutient une position qui s’inscrit dans le courant dit « libertarien » tout en explorant les implications de la politique qui prône un revenu de base et suscite présentement un débat vivace à travers le monde, y compris au Japon. Il existe diverses formes d’éthique libertarienne. Ici, dans la lignée de Nozick, la « propriété de soi » et la clause lockéenne sont reconnus comme deux rouages essentiels de l’argumentation qui conduit à leur ajustement en vue d’une éthique spécifique. Nous examinons comment Nozick défend la « propriété de soi » : son argumentation respecte la séparabilité des personnalités et elle accorde une grande importance à l’élaboration libre par chacun d’un mode de vie lui convenant. Une fois révisées la nature du droit dit « d’appropriation » et de la clause dite « lockéenne », nous réinterprétons cette position centrale des libertariens en considérant la position fondamentale de Nozick comme prenant appui sur une conception égalitariste de la notion de dispositions suffisantes. Les avantages de cette position sont dus non seulement à l’adéquation entre la théorie et un principe de distribution, mais encore à l’image de l’individu doté d’une propriété de soi réaffirmée, dans la vision libertarienne que Nozick déploie. Cette approche fournit les bases de la morale d’une activité libre exercée sur les marchés : ce point est essentiel pour les auteurs libertariens, qui refusent toute aliénation de la propriété privée et toute redistribution. Une version simplifiée du revenu de base une fois définie en l’adaptant à des cadres variés, dont le cadre japonais nous mène à conclure que le revenu de base, quoique séduisant, est partiellement conforme aux thèses libertariennes et qu’une version minimale serait à retenir.

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Codes JEL : H21, H24, N35, P17